Ivermectine, cancer, recherche et cellules souches

ivermectine et cellules souches

8. Cellules souches cancéreuses, résistance aux traitements et thérapies combinées : pourquoi l’ivermectine intéresse autant les chercheurs

L’une des principales difficultés en cancérologie ne consiste pas seulement à réduire la taille d’une tumeur.

Le véritable défi est souvent d’empêcher son retour.

De nombreux patients répondent initialement aux traitements avant de voir apparaître :

  • une récidive ;
  • une résistance à la chimiothérapie ;
  • une progression tumorale ;
  • de nouvelles métastases.

Les chercheurs pensent aujourd’hui que plusieurs mécanismes biologiques sont responsables de ces échecs thérapeutiques.

Parmi eux figurent notamment :

  • les cellules souches cancéreuses ;
  • la résistance multidrogue (MDR) ;
  • l’adaptation des cellules tumorales aux traitements.

Les études réalisées sur l’ivermectine suggèrent que cette molécule pourrait agir sur chacun de ces mécanismes.


8.1. Les cellules souches cancéreuses : le cœur caché de la tumeur

Pendant longtemps, les chercheurs considéraient qu’une tumeur était constituée d’un ensemble relativement homogène de cellules cancéreuses.

Aujourd’hui, cette vision a profondément changé.

Les scientifiques savent désormais qu’au sein de nombreuses tumeurs existe une petite population particulièrement dangereuse : les cellules souches cancéreuses.

Que sont les cellules souches cancéreuses ?

Ces cellules possèdent plusieurs caractéristiques redoutables :

  • elles peuvent s’auto-renouveler ;
  • elles produisent de nouvelles cellules tumorales ;
  • elles résistent souvent aux traitements ;
  • elles survivent après chimiothérapie ;
  • elles favorisent les récidives ;
  • elles participent à la formation des métastases.

En quelque sorte, elles constituent les « racines biologiques » de la tumeur.

Même lorsque la majorité des cellules cancéreuses sont détruites, quelques cellules souches peuvent survivre et reconstruire progressivement la maladie.

Pourquoi sont-elles si difficiles à éliminer ?

Les cellules souches cancéreuses disposent de nombreux mécanismes de protection :

  • réparation renforcée de l’ADN ;
  • capacité élevée d’élimination des toxines ;
  • faible sensibilité à certaines chimiothérapies ;
  • adaptation rapide aux changements de leur environnement.

C’est pourquoi elles sont aujourd’hui considérées comme l’une des principales causes de rechute après traitement.


L’effet de l’ivermectine sur les cellules souches tumorales

Les chercheurs ont étudié l’action de l’ivermectine sur des cellules de cancer du sein particulièrement riches en cellules souches cancéreuses.

Les résultats ont montré que ces populations semblaient particulièrement sensibles à la molécule.

Une diminution des marqueurs de cellules souches

Après traitement, plusieurs protéines associées au maintien des cellules souches cancéreuses diminuaient fortement :

  • NANOG ;
  • OCT4 ;
  • SOX2.

Ces protéines jouent un rôle majeur dans :

  • l’auto-renouvellement ;
  • la survie cellulaire ;
  • la différenciation tumorale ;
  • l’agressivité du cancer.

Leur inhibition pourrait réduire la capacité des tumeurs à se régénérer.

L’axe PAK1-STAT3

Les chercheurs ont également identifié une voie importante appelée :

PAK1 → STAT3

Cette voie agit comme un puissant moteur de survie pour les cellules souches cancéreuses.

L’ivermectine semble capable de freiner cette signalisation.

Cette découverte est particulièrement intéressante car STAT3 est impliquée dans de nombreux cancers agressifs.


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Pourquoi cette découverte pourrait être importante ?

Si les résultats observés en laboratoire étaient confirmés chez l’humain, cela signifierait que l’ivermectine pourrait agir non seulement sur la masse tumorale visible mais également sur les cellules responsables des récidives.

C’est précisément l’un des objectifs les plus recherchés en cancérologie moderne.


8.2. La résistance multidrogue : l’un des plus grands défis du traitement du cancer

Même lorsqu’une chimiothérapie fonctionne initialement, les cellules tumorales peuvent progressivement apprendre à se défendre.

Ce phénomène est appelé :

résistance multidrogue (MDR).

Il représente l’une des principales causes :

  • d’échec thérapeutique ;
  • de rechute ;
  • de progression tumorale ;
  • de décès liés au cancer.

Comment les cellules cancéreuses deviennent-elles résistantes ?

L’un des mécanismes les mieux connus repose sur la glycoprotéine P (P-gp).

Cette protéine agit comme une pompe d’évacuation.

Lorsqu’un médicament pénètre dans la cellule :

  • la P-gp le reconnaît ;
  • elle le rejette à l’extérieur ;
  • la concentration intracellulaire diminue ;
  • l’efficacité du traitement chute.

Avec le temps, certaines tumeurs surexpriment cette pompe et deviennent extrêmement difficiles à traiter.


L’ivermectine comme inhibiteur de la P-gp

Dès les années 1990, plusieurs chercheurs ont observé que l’ivermectine pouvait bloquer partiellement l’activité de cette pompe d’efflux.

Cette découverte a suscité beaucoup d’intérêt.

En inhibant la P-gp, l’ivermectine pourrait permettre :

  • une meilleure pénétration des médicaments ;
  • une concentration plus élevée dans les cellules tumorales ;
  • une augmentation de l’efficacité des traitements.

Des résultats observés dans plusieurs cancers

Les études ont montré une inversion partielle des résistances dans :

Cancer colorectal

Certaines lignées cellulaires résistantes à la vincristine retrouvaient une sensibilité accrue après exposition à l’ivermectine.

Cancer du sein

Des cellules résistantes à la doxorubicine répondaient à nouveau au traitement lorsqu’elles étaient associées à l’ivermectine.

Leucémies

Plusieurs modèles expérimentaux ont montré une amélioration de la réponse thérapeutique grâce à l’inhibition des mécanismes de résistance.

Cancer de la prostate

Les cellules résistantes au docétaxel présentaient une sensibilité restaurée.

Cholangiocarcinome

Des cellules résistantes à la gemcitabine demeuraient sensibles à l’ivermectine.


Une action plus large que la simple inhibition de la P-gp

Les recherches récentes suggèrent que l’ivermectine agit également sur plusieurs voies biologiques impliquées dans la résistance :

  • EGFR ;
  • ERK ;
  • Akt ;
  • NF-κB.

En perturbant simultanément plusieurs systèmes de survie, la molécule pourrait rendre plus difficile l’adaptation des cellules tumorales.


8.3. Thérapies combinées : pourquoi l’association de traitements intéresse autant les chercheurs

Aujourd’hui, la majorité des traitements anticancéreux reposent sur des associations thérapeutiques.

Cette stratégie permet :

  • d’attaquer la tumeur par plusieurs mécanismes ;
  • de réduire le risque de résistance ;
  • d’améliorer l’efficacité globale ;
  • parfois de diminuer certaines toxicités.

L’ivermectine semble particulièrement intéressante dans cette approche.


Des associations prometteuses observées en laboratoire

Plusieurs synergies ont été décrites.

Avec le cisplatine

Dans certains cancers gynécologiques, l’ivermectine semble augmenter la sensibilité des cellules tumorales au cisplatine.

Avec le paclitaxel

Dans le cancer de l’ovaire, l’association a fortement ralenti la croissance tumorale dans les modèles expérimentaux.

Avec la cytarabine et la daunorubicine

Dans les leucémies, les effets combinés apparaissaient supérieurs à ceux observés avec chaque médicament utilisé seul.

Avec le dasatinib

Une amélioration de l’activité antitumorale a été observée dans la leucémie myéloïde chronique.

Avec l’erlotinib

Les chercheurs ont observé une meilleure inhibition des cellules cancéreuses pulmonaires.

Avec le dabrafénib

Dans certains mélanomes, l’association renforçait significativement l’activité anticancéreuse.


Pourquoi l’ivermectine semble-t-elle si polyvalente ?

Contrairement à de nombreux médicaments ciblant une seule voie biologique, l’ivermectine agit sur plusieurs mécanismes simultanément :

  • PAK1 ;
  • Akt/mTOR ;
  • MAPK ;
  • Wnt/β-caténine ;
  • YAP1 ;
  • stress oxydatif ;
  • mitochondries ;
  • cellules souches cancéreuses.

Cette action multitarget pourrait expliquer pourquoi les chercheurs observent autant d’effets synergiques avec d’autres traitements.


Ce qu’il faut retenir

Les recherches actuelles suggèrent que l’ivermectine pourrait :

  • cibler certaines cellules souches cancéreuses ;
  • réduire l’expression de protéines impliquées dans les récidives ;
  • inhiber des voies majeures comme PAK1-STAT3 ;
  • limiter certains mécanismes de résistance aux traitements ;
  • bloquer la glycoprotéine P ;
  • améliorer l’efficacité de plusieurs chimiothérapies et thérapies ciblées.

Ces propriétés pourraient expliquer pourquoi l’ivermectine suscite autant d’intérêt dans le domaine du repositionnement thérapeutique en cancérologie.

Toutefois, comme pour les autres résultats présentés dans cette revue scientifique, ces observations proviennent essentiellement d’études précliniques et nécessitent encore une validation rigoureuse chez l’être humain.


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Source de l’article : https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC7505114/

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