L’ivermectine contre le cancer : que révèlent les recherches scientifiques ?

ivermectine contre le cancer

Résumé des principaux résultats d’une étude en 10 parties

Initialement développée pour combattre les parasites, l’ivermectine suscite aujourd’hui un intérêt croissant dans le domaine de l’oncologie. Plusieurs études expérimentales montrent qu’elle pourrait agir sur différents mécanismes impliqués dans la progression tumorale.

Les recherches publiées à ce jour suggèrent notamment que l’ivermectine pourrait :

  • ralentir la multiplication des cellules cancéreuses ;
  • limiter la formation de nouveaux vaisseaux sanguins alimentant les tumeurs (angiogenèse) ;
  • réduire le risque de dissémination métastatique ;
  • favoriser différentes formes de mort programmée des cellules cancéreuses ;
  • diminuer certaines résistances aux traitements anticancéreux ;
  • cibler les cellules souches tumorales impliquées dans les récidives ;
  • renforcer l’efficacité de plusieurs chimiothérapies et thérapies ciblées.

Les chercheurs ont identifié plusieurs voies biologiques susceptibles d’expliquer ces effets, notamment les voies Akt/mTOR, Wnt/β-caténine, MAPK et la protéine PAK1, qui semble jouer un rôle central.

Même si ces résultats sont encourageants, il est important de rappeler qu’ils proviennent essentiellement d’études réalisées sur des cellules en laboratoire ou sur des modèles animaux. À ce jour, les essais cliniques chez l’humain restent très limités.



Composés chimiques étudiés dans cet article : ivermectine (PubChem CID : 6321424), avermectine (PubChem CID : 6434889), sélamectine (PubChem CID : 9578507), doramectine (PubChem CID : 9832750), moxidectine (PubChem CID : 9832912)


1. Introduction : comment un antiparasitaire est devenu un sujet d’intérêt en cancérologie

L’ivermectine appartient à la famille des avermectines, une catégorie de molécules découvertes dans les années 1970 à partir d’une bactérie du sol.

Son efficacité exceptionnelle contre plusieurs maladies parasitaires humaines a révolutionné la médecine tropicale. Elle est notamment utilisée contre :

  • l’onchocercose (cécité des rivières) ;
  • la filariose lymphatique ;
  • la gale ;
  • diverses infestations parasitaires intestinales.

L’importance de cette découverte a été reconnue mondialement lorsque les chercheurs Satoshi Ōmura et William C. Campbell ont reçu le prix Nobel de médecine en 2015.

Le mécanisme antiparasitaire de l’ivermectine est bien connu. La molécule agit sur certains canaux ioniques présents chez les parasites, provoquant leur paralysie puis leur élimination.

Cependant, au fil des années, les scientifiques ont observé que cette molécule semblait posséder d’autres propriétés biologiques inattendues.

Des travaux ont notamment mis en évidence :

  • une activité antivirale contre plusieurs virus ;
  • des effets anti-inflammatoires ;
  • des actions immunomodulatrices ;
  • un potentiel anticancéreux encore en cours d’évaluation.

L’intérêt pour l’ivermectine s’inscrit dans une stratégie appelée « repositionnement thérapeutique ». Cette approche consiste à étudier des médicaments déjà connus afin de leur trouver de nouvelles applications médicales.

Cette méthode présente plusieurs avantages :

  • profil de sécurité déjà documenté ;
  • coûts de développement réduits ;
  • délais de recherche plus courts ;
  • meilleure connaissance des effets secondaires.

Dans le contexte du cancer, où le développement d’un nouveau médicament peut nécessiter plus de dix ans de recherche et plusieurs milliards d’euros d’investissement, cette stratégie attire de plus en plus l’attention.



Les questions qui restent ouvertes

Malgré l’accumulation des études expérimentales, plusieurs interrogations importantes demeurent.

Les chercheurs ne savent pas encore précisément :

  • quelle est la cible principale de l’ivermectine dans les cellules cancéreuses ;
  • pourquoi certaines tumeurs semblent beaucoup plus sensibles que d’autres ;
  • quelle forme de mort cellulaire elle induit prioritairement ;
  • quelles associations thérapeutiques seraient les plus efficaces ;
  • quelles doses pourraient être utilisées en cancérologie humaine.

Ces questions expliquent pourquoi l’ivermectine reste aujourd’hui une piste de recherche prometteuse plutôt qu’un traitement anticancéreux validé.

2. L’ivermectine dans le cancer du sein

Le cancer du sein demeure le cancer le plus fréquent chez la femme dans le monde. Chaque année, plusieurs millions de nouveaux cas sont diagnostiqués.

Face à cette réalité, les chercheurs explorent constamment de nouvelles approches thérapeutiques susceptibles d’améliorer les résultats des traitements.


Une inhibition de la croissance tumorale observée en laboratoire

Plusieurs équipes scientifiques ont étudié l’effet de l’ivermectine sur différentes lignées cellulaires de cancer du sein.

Les résultats montrent une diminution significative de la prolifération tumorale après exposition à la molécule.

Les cellules étudiées comprenaient notamment :

  • MCF-7 ;
  • MDA-MB-231 ;
  • MCF-10.

Selon les chercheurs, l’ivermectine agirait notamment en bloquant la voie Akt/mTOR, une voie de signalisation fréquemment activée dans les cancers.

Cette inhibition entraînerait une augmentation de l’autophagie, un mécanisme par lequel la cellule recycle ou détruit certains de ses composants.

La protéine PAK1 apparaît également comme une cible majeure de l’ivermectine dans les cellules mammaires cancéreuses.


Un intérêt particulier dans le cancer du sein triple négatif

Le cancer du sein triple négatif représente l’un des sous-types les plus agressifs.

Contrairement à d’autres cancers du sein, il ne possède pas :

  • de récepteurs aux œstrogènes ;
  • de récepteurs à la progestérone ;
  • de surexpression du récepteur HER2.

Cette absence de cibles thérapeutiques limite fortement les options de traitement.

Des travaux expérimentaux ont montré que l’ivermectine pourrait modifier l’expression de certains gènes impliqués dans la transition épithélio-mésenchymateuse, un processus favorisant l’invasion tumorale et les métastases.

Les chercheurs ont également observé une restauration partielle de la sensibilité au tamoxifène dans certains modèles cellulaires.

Ces résultats suggèrent que l’ivermectine pourrait agir comme modulateur épigénétique, capable d’influencer l’expression de gènes liés à la progression tumorale.


Une action possible sur le microenvironnement tumoral

Une tumeur ne se limite pas aux cellules cancéreuses elles-mêmes.

Elle évolue dans un environnement complexe composé notamment :

  • de cellules immunitaires ;
  • de vaisseaux sanguins ;
  • de molécules inflammatoires ;
  • de signaux chimiques favorisant ou freinant sa croissance.

Cet ensemble est appelé microenvironnement tumoral.

Des études récentes suggèrent que l’ivermectine pourrait également agir à ce niveau.

Dans certaines conditions, la molécule favoriserait la libération de HMGB1, une protéine capable de déclencher une réponse immunitaire dirigée contre les cellules cancéreuses.

Ce phénomène pourrait conduire à une mort cellulaire dite « immunogène », c’est-à-dire capable de stimuler le système immunitaire pour reconnaître et attaquer davantage la tumeur.

Cette observation ouvre une piste particulièrement intéressante car elle laisse penser que l’ivermectine pourrait non seulement agir directement sur les cellules cancéreuses, mais également modifier l’environnement immunitaire entourant la tumeur.

Ce qu’il faut retenir

Les données expérimentales disponibles suggèrent que l’ivermectine pourrait :

  • ralentir la croissance des cellules de cancer du sein ;
  • inhiber plusieurs voies de signalisation impliquées dans la progression tumorale ;
  • cibler la protéine PAK1 ;
  • augmenter l’autophagie ;
  • restaurer la sensibilité à certains traitements hormonaux ;
  • modifier le microenvironnement tumoral ;
  • favoriser une réponse immunitaire antitumorale.

Cependant, ces résultats proviennent essentiellement d’études précliniques et nécessitent encore des validations cliniques rigoureuses avant toute application thérapeutique.


3. L’ivermectine dans les cancers du système digestif

Les cancers digestifs regroupent plusieurs maladies particulièrement fréquentes dans le monde : cancer de l’estomac, cancer colorectal, cancer du foie et cancers des voies biliaires. Malgré les progrès de la chirurgie, de la chimiothérapie et de l’immunothérapie, ces cancers restent responsables de centaines de milliers de décès chaque année.

Plusieurs études expérimentales suggèrent que l’ivermectine pourrait agir sur différents mécanismes biologiques impliqués dans leur développement.

3.1. Cancer de l’estomac : une cible appelée YAP1

Le cancer gastrique demeure l’une des principales causes de décès liés au cancer à l’échelle mondiale. Plus d’un million de nouveaux cas sont diagnostiqués chaque année.

Des chercheurs ont observé que l’ivermectine pouvait ralentir fortement la croissance de cellules cancéreuses gastriques en laboratoire ainsi que dans des modèles animaux.

Cette activité semble dépendre d’une protéine appelée YAP1.

Pourquoi YAP1 est-elle importante ?

YAP1 agit comme un véritable interrupteur biologique contrôlant :

  • la prolifération cellulaire ;
  • la survie des cellules ;
  • la réparation des tissus ;
  • la croissance tumorale.

Dans de nombreux cancers, cette protéine devient anormalement active et favorise l’expansion de la tumeur.

Les chercheurs ont constaté que les cellules gastriques exprimant fortement YAP1 étaient particulièrement sensibles à l’ivermectine.

Cette découverte suggère que l’ivermectine pourrait agir comme un inhibiteur indirect de YAP1, limitant ainsi la progression tumorale.

3.2. Cancer colorectal : blocage de la voie Wnt/β-caténine

Le cancer colorectal fait partie des cancers les plus fréquents dans les pays occidentaux.

L’une des voies biologiques les plus souvent dérégulées dans cette maladie est la voie Wnt/β-caténine.

Cette voie contrôle normalement :

  • le renouvellement des cellules intestinales ;
  • la différenciation cellulaire ;
  • la croissance des tissus.

Lorsqu’elle devient anormalement active, elle favorise la formation et la croissance des tumeurs.

Ce que montrent les études

Plusieurs lignées cellulaires de cancer colorectal ont été exposées à l’ivermectine.

Les chercheurs ont observé :

  • une diminution importante de la prolifération tumorale ;
  • une augmentation de l’apoptose (mort cellulaire programmée) ;
  • une réduction de l’activité de la voie Wnt/β-caténine.

Après traitement, plusieurs gènes associés à l’agressivité tumorale ont vu leur expression diminuer, notamment :

  • AXIN2 ;
  • LGR5 ;
  • ASCL2.

Ces gènes sont souvent associés aux cellules souches tumorales et à la capacité des cancers à récidiver après traitement.

Les scientifiques considèrent donc que l’ivermectine pourrait contribuer à freiner plusieurs mécanismes essentiels à la survie des cellules cancéreuses colorectales.

3.3. Cancer du foie : une action observée sur le carcinome hépatocellulaire

Le carcinome hépatocellulaire représente la forme la plus fréquente de cancer primitif du foie.

Dans la majorité des cas, il survient sur un foie déjà fragilisé par :

  • une hépatite B chronique ;
  • une hépatite C chronique ;
  • une cirrhose ;
  • une stéatose hépatique avancée.
Les observations des chercheurs

Dans des modèles expérimentaux, l’ivermectine a montré une capacité à ralentir la croissance tumorale hépatique.

L’effet observé semble également lié à l’inhibition de YAP1.

Comme dans le cancer gastrique, cette protéine joue un rôle majeur dans la prolifération des cellules cancéreuses.

En réduisant son activité, l’ivermectine pourrait limiter la progression du cancer du foie.

Même si ces résultats restent précliniques, ils renforcent l’idée que certaines voies biologiques communes à plusieurs cancers pourraient constituer des cibles privilégiées de l’ivermectine.

3.4. Cholangiocarcinome : des résultats particulièrement intéressants

Le cholangiocarcinome est un cancer rare mais extrêmement agressif qui se développe dans les voies biliaires.

Son diagnostic est souvent tardif et les traitements disponibles restent limités.

Un ralentissement de la croissance tumorale

Des études réalisées sur des cellules de cholangiocarcinome ont montré que l’ivermectine :

  • ralentissait fortement la multiplication des cellules ;
  • bloquait leur cycle de division ;
  • favorisait l’apoptose.

L’effet observé augmentait avec la dose administrée et la durée d’exposition.

Un intérêt potentiel dans les cancers résistants

L’une des découvertes les plus remarquables concerne les cellules devenues résistantes à la gemcitabine, un médicament fréquemment utilisé dans ce cancer.

Les chercheurs ont constaté que ces cellules résistantes restaient particulièrement sensibles à l’ivermectine.

Cette observation est importante car la résistance aux traitements représente l’un des principaux obstacles en oncologie.

Si ces résultats étaient confirmés chez l’humain, l’ivermectine pourrait potentiellement devenir un outil complémentaire pour lutter contre certaines formes de résistance thérapeutique.

Ce qu’il faut retenir sur les cancers digestifs

Les études précliniques suggèrent que l’ivermectine pourrait agir contre plusieurs cancers digestifs en :

  • inhibant la prolifération des cellules tumorales ;
  • bloquant des voies de signalisation majeures comme Wnt/β-caténine et YAP1 ;
  • favorisant l’apoptose ;
  • perturbant le cycle cellulaire ;
  • réduisant certains mécanismes de résistance aux traitements.

Les résultats les plus prometteurs concernent actuellement :

  1. le cancer gastrique ;
  2. le cancer colorectal ;
  3. le carcinome hépatocellulaire ;
  4. le cholangiocarcinome.

Toutefois, il est essentiel de rappeler que ces observations proviennent principalement de travaux réalisés en laboratoire ou chez l’animal. Des essais cliniques rigoureux restent nécessaires pour déterminer si ces effets peuvent être reproduits chez les patients atteints de cancer.


Etudes et recherches en 10 parties sur l’ivermectine

1.2. 3. L’ivermectine contre le cancer : que révèlent les recherches scientifiques ?

4.L’ivermectine dans les cancers du système urinaire et les cancers du sang

5.Ivermectine et cancers gynecologiques

6.L’ivermectine dans les cancers respiratoires et le mélanome

7.Comment l’ivermectine pourrait-elle provoquer la mort des cellules cancéreuses ?

8.Cellules souches cancéreuses, résistance aux traitements et thérapies combinées : pourquoi l’ivermectine intéresse autant les chercheurs

9.PAK1 et les voies de signalisation : le cœur du mécanisme anticancéreux potentiel de l’ivermectine

10.L’ivermectine contre le cancer : où en est réellement la science en 2026 ?

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Source de l’article : https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC7505114/


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