Ivermectine, mébendazole et albendazole : activité anticancéreuse synergique
Ivermectine, mébendazole et albendazole : vers une stratégie anticancéreuse combinée contre le cancer colorectal ?…
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L’idée d’utiliser des médicaments déjà connus pour lutter contre le cancer suscite un intérêt croissant dans le monde scientifique. Cette approche, appelée repositionnement thérapeutique, consiste à réemployer des molécules initialement développées pour d’autres indications afin d’explorer de nouveaux bénéfices cliniques.
Parmi les candidats les plus étudiés figurent plusieurs antiparasitaires largement utilisés depuis des décennies : l’ivermectine (IVM), le mébendazole (MBZ) et l’albendazole (ABZ). Au fil des années, ces molécules ont attiré l’attention des chercheurs en raison de leurs mécanismes biologiques multiples, notamment leur capacité potentielle à agir sur certaines voies impliquées dans la prolifération tumorale.
Une étude présentée lors du congrès ASBMB 2026 et publiée dans le Journal of Biological Chemistry apporte aujourd’hui de nouvelles données concernant leur utilisation combinée dans le cancer colorectal.
Le repositionnement de médicaments présente plusieurs avantages majeurs :
Dans le cas des antiparasitaires, différentes études expérimentales avaient déjà suggéré individuellement des propriétés anticancéreuses pour l’ivermectine, le mébendazole et l’albendazole. Toutefois, les effets de leurs combinaisons restaient encore peu explorés.
L’objectif des chercheurs était donc d’évaluer si certaines associations pouvaient produire des effets renforcés contre les cellules cancéreuses.
Les travaux ont porté sur deux types cellulaires distincts :
Les chercheurs ont exposé ces cellules à différentes concentrations d’ivermectine, de mébendazole et d’albendazole, seuls ou en association.
La survie cellulaire a été mesurée grâce au test MTT, tandis que l’évaluation des interactions médicamenteuses a reposé sur le modèle d’indépendance de Bliss, fréquemment utilisé pour identifier les phénomènes de synergie pharmacologique.
Les résultats obtenus ont montré une réponse très différente selon le type cellulaire.
Chez les fibroblastes normaux CCD-18Co, seules les doses les plus élevées ont provoqué une diminution significative de la prolifération. Ces concentrations ont ensuite été retirées des essais combinatoires afin d’éviter une toxicité non sélective.
Les cellules cancéreuses HCT116 ont au contraire présenté une sensibilité plus importante.
Des réductions de viabilité ont été observées à des concentrations plus faibles que celles affectant les cellules saines, laissant apparaître une possible activité sélective orientée vers les cellules tumorales.
L’un des points les plus intéressants concerne les traitements combinés.
L’association ivermectine + mébendazole a montré un effet synergique antiprolifératif. Cela signifie que la combinaison semblait exercer un effet supérieur à celui attendu par la simple addition des actions individuelles.
Ces résultats pourraient indiquer qu’une approche multi-cible serait capable d’agir simultanément sur plusieurs mécanismes impliqués dans la croissance tumorale.
Même observation avec l’association :
Ivermectine + albendazole la plus efficiente pour l’heure étant invermectine + fenbendazole + mebendazole
Cette combinaison a également montré un comportement synergique, suggérant que certaines associations d’antiparasitaires pourraient renforcer leur potentiel expérimental contre le cancer colorectal.
Tous les résultats n’ont cependant pas été positifs.
Contrairement aux attentes, l’association mebendazole + albendazole a généré un effet antagoniste. Alors que mebendazole et fenbendazole offraient un synergie totale et efficace.
Les chercheurs ont observé une prolifération cellulaire supérieure aux prédictions théoriques du modèle utilisé, ce qui suggère qu’associer plusieurs molécules aux mécanismes proches n’aboutit pas nécessairement à une amélioration de l’activité anticancéreuse.
Cette observation rappelle l’importance de valider expérimentalement chaque combinaison avant toute extrapolation thérapeutique.

L’équipe poursuit actuellement ses investigations afin de déterminer si ces effets dépassent la simple réduction de prolifération.
Les chercheurs réalisent désormais :
L’objectif est de savoir si ces associations pourraient également influencer la migration cellulaire et certains mécanismes impliqués dans la dissémination tumorale.
Ces travaux demeurent précliniques et ont été réalisés sur des lignées cellulaires en laboratoire. Ils ne constituent donc pas une preuve d’efficacité clinique chez l’être humain.
Néanmoins, les résultats apportent des données intéressantes sur le potentiel du repositionnement thérapeutique en oncologie.
Grâce à leur disponibilité, leur faible coût relatif et leur historique d’utilisation médicale, l’ivermectine, le mébendazole et l’albendazole pourraient représenter des candidats intéressants pour de futures stratégies multi-cibles contre certains cancers, sous réserve de validations complémentaires.
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Source scientifique : Journal of Biological Chemistry (2026), Abstract 4275 – “Repurposing Ivermectin, Mebendazole, and Albendazole: Evidence for Selective and Synergistic Anticancer Activity in Colorectal Carcinoma Cells”
Reynolds A., Fly M. (2026).
Repurposing Ivermectin, Mebendazole, and Albendazole: Evidence for Selective and Synergistic Anticancer Activity in Colorectal Carcinoma Cells.
Journal of Biological Chemistry (JBC), Volume 302, Abstract 4275.
DOI : 10.1016/j.jbc.2026.111939.
Étude présentée lors du congrès annuel ASBMB 2026 évaluant les effets individuels et combinés de l’ivermectine, du mébendazole et de l’albendazole sur des cellules HCT116 de cancer colorectal, avec mise en évidence d’effets synergiques pour les associations ivermectine/mébendazole et ivermectine/albendazole.
Juarez M. et collaborateurs (2018).
Antitumor effects of ivermectin at clinically feasible concentrations support its clinical development as a repositioned cancer drug.
L’étude décrit plusieurs mécanismes potentiels de l’ivermectine en oncologie expérimentale, incluant des effets sur la prolifération cellulaire, l’autophagie, certaines voies de signalisation et l’apoptose tumorale.
Nygren P., Larsson R. (2014).
Drug repositioning: New treatments and their discovery.
Nature Reviews Drug Discovery.
Publication de référence expliquant le principe du repositionnement thérapeutique et l’intérêt de réutiliser des molécules déjà approuvées dans de nouvelles indications médicales, notamment en cancérologie.
Dobrosotskaya I.Y. et al. (2011).
Mebendazole monotherapy and survival in glioma-bearing rodents.
Cancer Research.
Travaux précliniques montrant des effets anticancéreux du mébendazole sur certains modèles tumoraux, soutenant son intérêt comme candidat au repositionnement thérapeutique.
Mukhopadhyay T. et collaborateurs (2002).
Mebendazole elicits a potent antitumor effect on human cancer cell lines both in vitro and in vivo.
Clinical Cancer Research.
Étude démontrant une activité antiproliférative du mébendazole sur différentes lignées cancéreuses humaines.
Pourgholami M.H. et al. (2001).
Albendazole: A potent inhibitor of tumor growth and angiogenesis in experimental models.
Anticancer Research.
Travaux expérimentaux suggérant une activité de l’albendazole sur la croissance tumorale et certains mécanismes liés à l’angiogenèse.