Fenbendazole et cancer : potentiel, recherches et enjeux économiques

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RÉVÉLATIONS : LE DOSSIER FENBENDAZOLE — QUAND LA RENTABILITÉ PEUT DEVENIR UN OBSTACLE À LA RECHERCHE

Le fenbendazole est à l’origine un antiparasitaire vétérinaire ancien, générique et peu coûteux. Mais depuis plusieurs années, cette molécule attire une attention croissante dans le domaine de la recherche sur le cancer.

Pourquoi ?

Parce que derrière ce médicament apparemment banal se trouve une histoire beaucoup plus vaste : celle du repositionnement des médicaments, des recherches sur les benzimidazoles, des mécanismes biologiques potentiellement intéressants en cancérologie et d’une question économique rarement posée frontalement.

Qui finance les recherches lorsqu’une molécule ancienne pourrait présenter un intérêt thérapeutique mais qu’elle offre peu de perspectives de propriété intellectuelle et de rentabilité ?

C’est ici que le dossier fenbendazole devient particulièrement intéressant. Car la question n’est pas nécessairement de savoir si l’industrie pharmaceutique « cache » un remède miracle.

La question, beaucoup plus dérangeante, est de savoir si un système de recherche largement dépendant des investissements privés peut consacrer suffisamment de ressources à des molécules dont le potentiel commercial est faible.

Et cette question mérite d’être posée.

LE FENBENDAZOLE : UN ANTIPARASITAIRE QUI A CHANGÉ DE STATUT DANS L’IMAGINAIRE COLLECTIF

Le fenbendazole appartient à la famille des benzimidazoles, une classe d’antiparasitaires utilisée depuis plusieurs décennies en médecine vétérinaire.

Son action antiparasitaire est notamment liée à son interaction avec la tubuline et les microtubules. Or, les microtubules ne sont pas propres aux parasites. Ils jouent un rôle fondamental dans les cellules animales et humaines, notamment lors de la division cellulaire.

Par exemple, cette caractéristique a naturellement attiré l’attention des chercheurs spécialisés dans la biologie tumorale.

Ainsi, le cancer étant caractérisé par une prolifération cellulaire dérégulée, toute molécule capable d’interférer avec les mécanismes de division cellulaire peut devenir une candidate potentielle au repositionnement thérapeutique.

Des travaux expérimentaux ont effectivement étudié le fenbendazole sous cet angle. C’est ainsi que certaines recherches ont observé des effets sur la dynamique des microtubules, le métabolisme du glucose, le cycle cellulaire, le stress oxydatif et l’apoptose.Mais cela signifie une chose essentielle :

Parce qu’il existe une solide base biologique suffisamment intéressante pour justifier la poursuite de la recherche, que le monde trouve le mutisme scientifique assourdissant.

L’AFFAIRE JOE TIPPENS : LE TÉMOIGNAGE QUI A PROPULSÉ LE FENBENDAZOLE SUR INTERNET

L’histoire de Joe Tippens a joué un rôle considérable dans la popularisation du fenbendazole.

Diagnostiqué d’un cancer avancé, Tippens a raconté publiquement son parcours et l’utilisation personnelle d’un protocole comprenant notamment du fenbendazole, associé à d’autres substances. L’évolution spectaculaire qu’il affirme avoir connue a rapidement circulé sur Internet.

Pour des milliers de patients confrontés au cancer, cette histoire a représenté quelque chose de plus qu’un simple témoignage.

Elle est devenue le symbole d’une question : combien de molécules anciennes pourraient posséder des propriétés intéressantes que la recherche n’a jamais suffisamment explorées ?

Un témoignage individuel ne permet évidemment pas de déterminer quelle substance a provoqué une rémission ni de démontrer une efficacité généralisable. Mais un témoignage peut contribuer à faire émerger une hypothèse.

Et une hypothèse mérite parfois d’être testée. C’est précisément le rôle de la recherche scientifique.

CE QUE LA SCIENCE A DÉJÀ OBSERVÉ

L’intérêt du fenbendazole ne repose pas uniquement sur les témoignages disponibles sur Internet. Des travaux précliniques ont étudié ses effets sur différents modèles tumoraux.

Les mécanismes envisagés comprennent notamment une perturbation de la dynamique des microtubules, une influence sur l’utilisation du glucose, une perturbation du cycle cellulaire et l’induction de mécanismes associés à la mort cellulaire.

Une étude publiée par des chercheurs de Yale avait déjà étudié le fenbendazole dans des modèles de cancer mammaire chez la souris et sur des cellules tumorales.

Certaines expériences sont positives. Comme d’autres sont négatives.

Et c’est précisément l’accumulation de ces résultats contradictoires qui doit permettre de déterminer si une molécule possède réellement un potentiel thérapeutique.

UNE FAMILLE AUX 50 BREVETS : UNE HISTOIRE BEAUCOUP PLUS ANCIENNE QU’ON NE LE PENSE

C’est ici qu’un ancien article consacré au fenbendazole et à sa famille chimique mérite d’être redécouvert.

L’article intitulé « Fenbendazole chemical class against cancer: 50 patents over 50 years » recense environ cinquante brevets et familles de brevets déposés sur plusieurs décennies autour des benzimidazoles et de leurs applications potentielles contre le cancer.

Ainsi ces documents montrent quelque chose de très intéressant : l’idée d’utiliser les benzimidazoles dans le domaine oncologique n’est pas une invention récente née des réseaux sociaux.

L’article remonte notamment jusqu’à un brevet français déposé en 1976 concernant des benzimidazoles destinés à favoriser la régression de troubles ou maladies néoplasiques. Il recense ensuite d’autres travaux et brevets portant sur la leucémie, la croissance tumorale, les cellules néoplasiques ou l’association de benzimidazoles avec des traitements anticancéreux.

Autrement dit, l’intérêt pour cette famille chimique dans le domaine du cancer possède une histoire de plusieurs décennies.

Et c’est là que la question devient véritablement intéressante.

CINQUANTE ANS DE BREVETS, MAIS TOUJOURS UNE QUESTION SANS RÉPONSE DÉFINITIVE

Si des chercheurs et des entreprises déposent depuis des décennies des brevets explorant les propriétés anticancéreuses de composés appartenant à cette famille, pourquoi certaines molécules anciennes restent-elles éloignées d’un véritable développement clinique ?

La réponse pourrait être moins spectaculaire qu’un scénario de complot. Elle pourrait être économique, en effet l’industrie pharmaceutique fonctionne avec des millions de dollars, voir des milliards.

Et, c’est précisément ce qui mérite d’être examiné. Une entreprise qui investit des centaines de millions d’euros ou de dollars dans son développement peut espérer récupérer cet investissement grâce à une période d’exclusivité commerciale.

Avec une molécule ancienne et générique, la situation est radicalement différente. Même si le coût du développement clinique a toujours un coût, ici il demeure faible. Ainsi, la capacité à récupérer cet investissement peut être lui aussi beaucoup plus faible.

Le paradoxe est alors évident :

une molécule peut être suffisamment intéressante pour justifier scientifiquement des recherches, tout en étant insuffisamment rentable pour attirer les capitaux nécessaires à ces recherches.

C’est l’un des problèmes fondamentaux du repositionnement des médicaments.


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LE VÉRITABLE ANGLE MORT : LE CALCUL FINANCIER PEUT-IL INFLUENCER LE CALCUL SCIENTIFIQUE ?

Il serait simpliste d’affirmer que les laboratoires refusent systématiquement d’étudier les médicaments génériques parce qu’ils voudraient maintenir les patients malades. Une telle affirmation nécessiterait des preuves spécifiques.

Mais il serait tout aussi simpliste de prétendre que les mécanismes économiques n’ont aucune influence sur les priorités de recherche. Le développement d’un médicament est extrêmement coûteux.

Les essais cliniques nécessitent des infrastructures, des équipes médicales, des patients, des analyses biologiques, un suivi prolongé et des procédures réglementaires complexes.

Un investissement privé recherche naturellement une perspective de retour sur investissement.

C’est le fonctionnement même du capital privé.

Dès lors, une question apparaît : que se passe-t-il lorsqu’une hypothèse thérapeutique intéressante concerne une molécule dont la rentabilité potentielle est faible ?

Qui paie ?

Qui organise les essais ?

Qui accepte de prendre le risque financier ?

Et surtout, qui a suffisamment intérêt à investir plusieurs années dans cette recherche ?

Ainsi, c’est là que prime des questions économiques avant même d’être médicales.

LE PARADOXE DU MÉDICAMENT GÉNÉRIQUE

Le fenbendazole représente presque parfaitement ce paradoxe.

Une molécule ancienne peut avoir l’avantage d’être connue depuis longtemps. Son coût de fabrication peut être faible.

Elle peut être facilement accessible. Mais ces mêmes caractéristiques peuvent devenir un handicap lorsqu’il faut financer son développement dans une nouvelle indication.

Une entreprise qui investirait massivement pour démontrer une nouvelle utilisation thérapeutique d’une molécule générique pourrait ensuite se retrouver confrontée à un marché où d’autres fabricants peuvent produire le même principe actif.

Le problème est donc moins : « Pourquoi personne ne veut étudier cette molécule ? » que : « Qui aurait intérêt à payer pour démontrer son efficacité si le retour financier potentiel est limité ? »

Cette formulation change complètement le débat. Elle permet de critiquer le modèle économique sans avoir besoin d’imaginer une organisation secrète qui resterait difficile à démontrer…

LE SYSTÈME DE RECHERCHE EST-IL CONÇU POUR TROUVER LES MEILLEURS TRAITEMENTS OU LES MEILLEURS INVESTISSEMENTS ?

C’est probablement l’une des questions les plus importantes soulevées par le fenbendazole.

Dans un système où une part importante de la recherche clinique dépend d’investissements financiers, les priorités peuvent naturellement être influencées par les perspectives économiques.

Cela ne signifie pas que les chercheurs travaillent contre les patients. Cela signifie que certaines questions scientifiques disposent de davantage de ressources que d’autres.

Une nouvelle molécule brevetable peut représenter un actif stratégique. Une molécule générique ancienne peut représenter une opportunité scientifique sans représenter une opportunité financière comparable.

La différence est fondamentale. Et elle peut expliquer pourquoi certaines pistes thérapeutiques progressent rapidement tandis que d’autres restent pendant des années au stade préclinique sur une voie de garage.

LE FENBENDAZOLE N’EST PAS LE SEUL CONCERNÉ

Le problème dépasse largement cette seule molécule.

Le repositionnement thérapeutique concerne de nombreux médicaments anciens étudiés pour de nouvelles indications. Certaines molécules ont ainsi été examinées dans le cancer, les maladies inflammatoires, les maladies neurodégénératives ou d’autres pathologies.

Le principe est séduisant : plutôt que de partir de zéro, pourquoi ne pas explorer intelligemment les molécules que la pharmacologie connaît déjà ?

Cette stratégie peut permettre d’identifier plus rapidement des candidats potentiels. Mais elle rencontre précisément le problème du financement.

Lorsqu’une molécule n’offre pas un potentiel commercial suffisamment important, l’investissement nécessaire aux grands essais peut devenir difficile à justifier pour une entreprise privée, la santé n’est plus la priorité face à la rentabilité.

La méthode pour ces molécules peu coûteuses et peu rémunératrices, est de les associer à une quelconque molécule pour déposer un brevet hors de prix qui satisfera les actionnaires !

LES NOUVEAUX BREVETS MONTRENT D’AILLEURS QUE L’HISTOIRE CONTINUE

Un autre élément mérite d’être souligné. L’histoire des brevets ne s’est pas arrêtée avec les anciennes molécules.

Des demandes et brevets plus récents portent encore sur le fenbendazole lui-même ou sur des analogues de sa structure dans des applications anticancéreuses.

Par exemple, une demande chinoise publiée en 2020 décrit l’utilisation du fenbendazole dans la préparation de médicaments antitumoraux et rapporte des résultats expérimentaux sur des cellules de cancer du poumon, notamment en association avec la curcumine.

D’autres brevets portent sur des analogues structuraux du fenbendazole et explorent leurs propriétés antiprolifératives dans des modèles cellulaires. Cette situation apporte une nuance importante au débat. Le fenbendazole n’est donc pas totalement absent de l’activité de propriété intellectuelle.

Au contraire, certaines équipes cherchent précisément à modifier sa structure ou à exploiter ses propriétés dans de nouvelles applications.

Mais cela pose une nouvelle question : si la molécule générique elle-même est difficile à rentabiliser, l’avenir commercial pourrait-il se trouver dans ses dérivés, ses analogues ou ses formulations brevetables ?

C’est un sujet qui mérite d’être observé.

LE VRAI PROBLÈME N’EST PEUT-ÊTRE PAS LE MÉDICAMENT, MAIS LE MODÈLE ÉCONOMIQUE

Il serait tentant de transformer le fenbendazole en symbole absolu d’un système médical corrompu. La réalité est probablement plus complexe.

La recherche médicale repose sur des scientifiques, des universités, des organismes publics, des fondations, des hôpitaux et des entreprises privées.

Tous ces acteurs n’ont pas les mêmes intérêts. Mais une chose reste incontestable : la rentabilité influence les décisions d’investissement. Et lorsque la rentabilité attendue diminue, les capitaux privés deviennent plus difficiles à mobiliser.

Dans le cas du fenbendazole, cette question est particulièrement pertinente parce que la molécule est ancienne, générique et déjà largement connue dans le domaine vétérinaire où elle a été rangée pour la faire plus ou moins oublier !

La question devient donc politique autant qu’économique : la société doit-elle laisser la rentabilité déterminer quelles hypothèses thérapeutiques seront suffisamment étudiées ?

Ou faut-il mettre en place davantage de financements publics et indépendants pour explorer les molécules potentiellement intéressantes qui ne présentent pas de modèle commercial suffisamment attractif ?

C’est ce que semble faire l’état de Floride avec le docteur Makis grand défenseur d’une tri-thérapie ivermectine + mebendazole + fenbendazole avec des milliers de témoignages de réussites. Voir l’article >> Fenbendazole & Ivermectine par William Makis

LE CAS FENBENDAZOLE DEVRAIT NOUS POUSSER À DEMANDER DAVANTAGE DE RECHERCHE INDÉPENDANTE

Il existe une troisième voie entre deux extrêmes.

  • Le premier extrême consiste à considérer que le fenbendazole est déjà un traitement anticancéreux démontré.
  • Le second consiste à considérer que le sujet ne mérite aucun intérêt scientifique. Cette conclusion serait difficile à défendre compte tenu du nombre de travaux précliniques consacrés aux benzimidazoles et de l’existence d’un historique de recherches et de brevets dans le domaine anticancéreux.

Entre ces deux positions existe une approche beaucoup plus intéressante : étudier sérieusement.

  • Financer des recherches indépendantes.
  • Déterminer la pharmacocinétique humaine.
  • Évaluer la tolérance.
  • Identifier les cancers potentiellement sensibles.
  • Déterminer les doses pertinentes.
  • Étudier les interactions avec les traitements existants.
  • Et surtout, réaliser des essais cliniques permettant enfin de répondre à la question.

LE FENBENDAZOLE : UN MÉDICAMENT OU UN SYMBOLE ?

Au fond, le fenbendazole est devenu bien plus qu’un antiparasitaire. Il est devenu le symbole d’une interrogation plus vaste sur notre conception de la recherche médicale.

Une molécule ancienne peut-elle être étudiée uniquement parce qu’elle pourrait être utile aux patients, même si son potentiel commercial est limité ?

  • La réponse devrait être oui.
  • Mais qui doit financer cette recherche ? C’est là que le débat devient essentiel.

Lorsqu’une entreprise privée investit, elle doit naturellement tenir compte de ses perspectives économiques et de ses actionnaires.

Lorsqu’un organisme public investit, son objectif peut être différent : produire des connaissances utiles à la collectivité.

C’est précisément pourquoi la recherche publique indépendante pourrait jouer un rôle déterminant dans l’étude des médicaments génériques et repositionnés.

CONCLUSION : LE DOSSIER FENBENDAZOLE RESTE OUVERT

Le fenbendazole n’est pas une preuve de l’existence d’un « remède caché » contre le cancer.

Mais il constitue un excellent révélateur des tensions qui existent entre science, propriété intellectuelle, financement de la recherche et rentabilité. Les recherches précliniques montrent des mécanismes suffisamment intéressants pour justifier une poursuite des investigations.

L’histoire de Joe Tippens a contribué à faire connaître la molécule auprès du grand public. L’historique des brevets concernant les benzimidazoles montre que l’intérêt pour leurs applications anticancéreuses remonte à plusieurs décennies.

Et le caractère générique et peu coûteux du fenbendazole soulève une question économique légitime : qui financera les études nécessaires lorsqu’une molécule potentiellement intéressante ne promet pas les mêmes retours financiers qu’une nouvelle molécule brevetable ?

C’est peut-être là que se trouve la véritable révélation. Le problème n’est pas nécessairement qu’un traitement serait volontairement caché. Le problème pourrait être plus subtil.

Dans un système où la recherche doit souvent convaincre à la fois la science et la finance, certaines molécules peuvent être suffisamment intéressantes pour les chercheurs mais pas suffisamment rentables pour les investisseurs.

Et lorsqu’il s’agit de maladies aussi lourdes que le cancer, cette contradiction mérite d’être discutée ouvertement. Le fenbendazole doit donc être considéré non comme une promesse miracle, mais comme une question scientifique encore ouverte. Tout comme l’ivermectine et le mebendazole qui ont démontré sous forme de centaine de témoignages agir en synergie flagrante.

Une question qui mérite mieux que les caricatures. Mieux que le mépris. Mieux que les certitudes.

Elle mérite des moyens, des chercheurs indépendants, des protocoles rigoureux et des réponses fondées sur les données.

Car au fond, la question essentielle n’est pas : « Le fenbendazole est-il le remède contre le cancer ? »

La véritable question est peut-être : « Sommes-nous prêts à financer la recherche lorsqu’une piste thérapeutique potentiellement intéressante ne correspond pas au modèle économique traditionnel du médicament ? »

Et cette question dépasse largement le fenbendazole.


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